Anna Saura, marraine 2026 : deux jours entre Marseille et La Ciotat

Invitée d'honneur de la 25e édition de CineHorizontes, la productrice et réalisatrice Anna Saura Ramón a passé un week-end entier en Provence. Quatre rendez-vous, deux villes, et un fil unique : son père, Carlos Saura, disparu en 2023.
Il y a des marraines de circonstance, et il y a celles dont la présence raconte quelque chose. Anna Saura appartient à la seconde catégorie. Cela fait des années qu'elle travaille avec CineHorizontes pour faire venir à Marseille les meilleurs films espagnols contemporains. Pour les vingt-cinq ans du festival, elle est venue avec le sien.
Samedi 10 octobre, Les Variétés : là où tout a commencé
Le week-end s'ouvre par un retour aux origines. Au cinéma Les Variétés, Anna Saura présente LES VOYOUS (Los Golfos), le premier long métrage de son père. Tourné en 1959 dans les faubourgs de Madrid, le film suit une bande de gamins qui volent pour financer le premier costume de torero de l'un d'eux. Le régime franquiste ne l'apprécie guère ; il est pourtant présenté au Festival de Cannes en 1960, et il fait entrer le réalisme dans un cinéma espagnol qui en manquait cruellement.
Soixante-six ans plus tard, voir ce film présenté par la fille de celui qui l'a signé à vingt-sept ans produit un effet singulier : on ne regarde pas un classique, on assiste à une transmission.
Dimanche 11 octobre, Les Variétés : le documentaire et la masterclass

À 13h45, elle présente ESE NIÑO DE LA FOTOGRAFÍA. CARLOS SAURA, son premier long métrage documentaire, dévoilé cette année au Festival de Málaga. Construit à partir d'archives personnelles inédites, le film ne raconte pas le cinéaste consacré mais le photographe qu'il fut d'abord, dans l'Espagne des années 1950, avant de passer derrière une caméra. Puis l'homme, la mémoire, l'élan créatif qui ne l'a pas quitté jusqu'au bout.
Faire ce film suppose une double position, et c'est ce qui le rend précieux : Anna Saura est à la fois la professionnelle qui monte des archives et la fille qui les reconnaît.
À 15h45, la masterclass « HÉRITER DU CINÉMA, INVENTER LE SIEN » prolongeait exactement cette question. Productrice chez PIPA Films puis Morena Films, fondatrice d'Atrece Creaciones, passée à la réalisation en 2024 avec le court métrage Pig coréalisé avec Sara Sálamo, elle a construit un parcours qui lui appartient — tout en produisant Las paredes hablan, l'un des derniers documentaires de son père. Hériter et inventer : le titre n'était pas une formule.
La journée marseillaise se referma à 18h55 avec SAURA(S) de Félix Viscarret, portrait intime et souvent drôle de Carlos Saura construit à travers ses échanges avec ses sept enfants.
D
imanche soir, La Ciotat : le plus vieux cinéma du monde
Et puis il y a l'Eden. Le même dimanche, l'Eden Théâtre de La Ciotat — la plus ancienne salle de cinéma encore en activité au monde — accueillait Anna Saura pour une soirée en hommage à son père. Au programme, les deux mêmes films, Los Golfos et Ese niño de la fotografía, mais dans un lieu qui changeait tout. Car Anna Saura connaît cette salle. Elle y était venue dix ans plus tôt, en accompagnant Carlos Saura. L'émotion du retour était visible, et ceux qui étaient là l'ont noté. La soirée a été introduite par Michel Cornille, président des Lumières de l'Eden, et Jeanne Moustiers, membre de CineHorizontes, puis animée par Bernard Bessière, professeur émérite des universités à Aix-Marseille et spécialiste de l'histoire et de la culture de l'Espagne contemporaine.
Un festival de vingt-cinq ans pouvait choisir de célébrer son propre passé. CineHorizontes a préféré inviter quelqu'un qui travaille, en ce moment même, à faire exister le cinéma espagnol d'aujourd'hui — et qui venait de terminer un film sur la manière dont on hérite d'un nom sans s'y réduire.





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